Il y a quelques temps, j'avais posté une longue note au sujet du livre de Timeri N. Murari, intitulé sobrement "Taj"
Cette lecture m'avait particulièrement passionné, et je me suis depuis, lancé dans une recherche encore plus affinée.
Cela m'a encouragé à lire plusieurs ouvrages écrits par des auteurs de diverses nationalités, mais tous ayant la particularité de se référer au célèbre Taj Mahal.
Taj Mahal - An Eternal Love Story - Mumtaz Tujhe Dekha - The most popular videos are a click away

Le festin des roses est le deuxième ouvrage d'Indu Sundaresan. Encouragée par le succès rencontré de la vingtième épouse, cette écrivain nous dépeint la vie de couple de Mehrunissa et de Jahangir. Tous deux étant respectivement, la tante d'Arjumand, qui deviendra plus tard Mumtaz Mahal, et le père de Khuram, qui lui sera connu en tant que Shah Jahan, littéralement, le roi du monde.
Car s'il y a bien une injustice, au sens historique, qu'il faudrait souligner, c'est bien celle dont le nom de Mehrunissa a pâti.
Il était coûtume sous l'ère moghole, de se voir attribuer des prénoms qui faisaient office de titre honorifique. Celle que l'empereur avait baptisé Nur Jahan, la lumière du monde, a exercé un pouvoir fascinant sur ses sujets.
Celle qui fût la vingtième épouse de l'empereur Jahangir, témoignait d'une fine intelligence, celle-ci se conjuguait avec un esprit terriblement audacieux et un tempérement tempétueux, il ne fallait pas résister à cette femme, à tel point que le peuple de l'Hindoustan du se résigner à accepter l'ascendant de cette femme sur son époux. Jahangir vouait une passion aveugle pour Mehrunissa, cette femme dont jadis, il était tombé éperdument amoureux, cette femme, fille d'un réfugié persan, à la beauté que lui seul pouvait admirer, lorsqu'elle ôtait son voile fait de soie sauvage et de mousseline, cette femme qui avait été promise à un autre, car le père de Jahangir, Akbar, n'accepta pas ce mariage illégitime, car il ne contribuait pas à accroître les richesses de l'empire.
Alors que le premier livre d'Indu Sundaresan traite de la vie de Mehrunissa, lorsqu'elle n'était pas encore mariée à Jahangir, le festin des roses quant à lui, nous relate la vie de cour de Mehrunissa, lorsque Jahangir pu enfin l'épouser, après la mort de son premier époux, le récit nous plonge alors au coeur des intrigues familiales et politiques.
Mehrunissa était redoutée par tous. Celle dont on disait que la beauté pouvait désarmer nimporte qui, jouissait de toutes les faveurs de Jahangir. Elle exerçait un pouvoir absolu au sein du Zenana, le palais des épouses. Elle n'hésita pas à humilier certains ministres de son époux, en leur accordant des privilèges incroyables, pour ensuite leur ôter promptement, en leur faisant reconnaître sa supériorité. Mahabat Khan en fut le plus exemple. Battu lors d'une partie d'échecs organisée au Zenana, Mahabat eut le privilège d'admirer la beauté de son visage, et il fut pris de frisson lorsqu'il réalisa qu'il venait de perdre à la loyale, face cette redoutable femme. Un affront qui ne pouvait être lavé, il du se résigner à être évincé, loin de la cour, expédié aux tréfonds de l'empire, pour gouverner une région sans importance.
Jahangir était connu pour ses qualités de juste, car lors de l'avènement de son règne, il fut respecté pour la justice exemplaire qu'il imposa. Les rumeurs qui traversèrent tout l'empire, et qui supputaient que l'empire était dans les mains d'une femme devinrent bientôt une réalité. Lors d'une audience matinale, et qui consistait à se rendre sur le balcon du palais, pour entendre les réclamations des nobles, Mehrunissa se présenta au bras de son époux. Entièrement voilée de la tête au pied, mais scintillant comme un diamant dont les éclats pouvaient éblouir celui qui portait un regard trop insistant sur celui-ci, on ne pouvait devinait au loin, sous ce léger voile, que les courbes harmonieuses de son visage. Des yeux d'un bleu saphir qui révélaient ses origines persanes, ponctuées par de très fins sourcils noirs légèrement arqués, Jahangir avait voulu faire comprendre à ses sujets stupéfaits, que malgré tout le luxe qu'il arborait, cette magnificence et cette profusion de pierres précieuses qui ornaient sa tenue, le plus beau bijou qu'il pouvait détenir, ce n'était pas le Koh-i Nor, mais c'était celui dont son coeur avait façonné la beauté, celle qu'il nomma Nur Mahal, la lumière du palais, et dont le pouvoir sur l'empire ne cessa de s'étaler durant des dizaines d'années.
Une femme dont il le pouvait pas se passer, et qui lorsqu'il était pris de violentes crises d'asthme, était son seul antidote. Mehrunissa était également très amoureuse de Jahangir, mais sa personnalité inflexible ne lui permettait pas de manifester publiquement ses sentiments à l'égard de l'empereur. Ce couple intrigant, qui parfois se déchirer lors de violentes disputes, ce qui à la longue, discrédita l'empereur, était également l'objet de toutes les convoitises. Ladli était la fille unique de Mehrunissa, une fille qu'elle avait eue avec son premier époux. Lorsqu'elle perdit le bébé qu'elle attendait de Jahangir, elle sombra dans une profonde tristesse. Inconsolable de ne pas pouvoir avoir un fils de Jahangir, de plus en plus angoissée à l'idée de perdre son époux lorsqu'elle passait des semaines entières auprès de lui, en attendant que son souffle caverneux et haletant veuille bien s'apaiser, Mehrunissa s'enferma dans la haine qu'elle vouait au sujet des autres épouses de l'empereur. Car c'était elles qui étaient à l'origine de l'accident dont Mehrunissa fut victime. Dans le Zenana, tous les coups étaient permis pour faire en sorte qu'une grossesse n'arrive point à terme, afin de permettre à certaines, de conserver leurs privilèges dans le rang inhérent à ce palais. Mehrunissa avait glissé durant la nuit, sur une marche de sa terrasse, recouverte volontairement par un léger film d'huile d'amande.
La passion dévorante que ces deux êtres exprimés vira bientôt à l'affrontement, étouffés par ce trop plein de sentiments empreints de remords, après la disparition prématurée de ce fils tant attendu. Aussi impensable que cela puisse paraître, Mehrunissa et Jahangir se battirent au beau milieu du grand salon du Zenana, ils se rouèrent de coups.
Jahangir fut l'objet de toutes les railleries, les begums (les épouses) du Zenana s'enorgueillirent, mais quelque chose d'aussi improbable allait alors se produire.
Alors que tous pensaient que Mehrunissa avait définitivement perdu la grâce de l'empereur, ils apparurent quelques jours plus tard, lors d'un jharoka (des audiences données en public) particulièrement démonstratif.
Les deux protagonistes apparurent en même temps, de chaque coté du palais, ils semblaient flotter au dessus du sol et des marches qu'ils arpentaient, pieds nus. Au seuil des appartements de Mehrunissa, plusieurs dizaines de milliers de pétales de roses persanes avaient été déposés sur le sol, une myriade de pétales aux couleurs chatoyantes qui dessinaient un long tapis sans fin, une invitation à le fouler, pour aller se conjuguer avec l'infini.
Un festin de roses qui laissa pantois tous ceux qui assistèrent. Des centaines d'hôtes qui furent ébahis. Une lente et délicate chevauchée de ce tapis à la valeur sentimentale inestimable, les deux époux s'étreignirent alors avec passion.
Après cette formidable mise en scène, le pouvoir de Mehrunissa devint intouchable, et le sceau impérial qui ponctuait chaque farman et chaque missive, trônait sur son bureau.
Par ce geste fou, l'empereur avait légué aux yeux de tous, son pouvoir à son épouse.
Une triste récompense pour celle qui marqua l'histoire de sa présence, et de sa perspicacité, mais dont le monde ne retint pas le nom, occulté plus tard par celui de sa nièce Arjumand, celle pour qui Shah Jahan, le fils de Jahangir fera ériger le mauselée qui deviendra ensuite, le symbole de tout un pays. Une Arjumand à la beauté tout aussi fascinante, mais qui resta en retrait toute sa vie, soucieuse de respecter son rang, et la place que les épouses mogholes doivent occuper. Préférant s'occuper des oeuvres charitables, et faisant construire des écoles ou des hopitaux, Arjumand qui ne connu que quatre années de règne, en compagnie de son époux, avant de succomber en couche.
Environ 600 pages. Et il existe une version poche à un prix plus attractif.